IINU-INNU
Essipit
Osez rêver Essipit : le plan communautaire de la Première Nation des Innus Essipit
Le Nitassinan des Essipiunnuat s’étend d’ouest en est de la rivière Saguenay à la rivière Portneuf. De tout temps, il a été un lieu de rencontres, d’échanges, de commerce et d’alliances entre Nations. Le village d’Essipit, fondé en 1892, est d’une superficie de 0,8 km2. Environ 20 % (233) des 1 126 Essipiunnuat vivent à Essipit. La Première Nation des Innus Essipit constitue une société ouverte et dynamique qui a su, au cours des ans, tisser des liens, non seulement avec d’autres Premières Nations, mais également avec des organismes et entreprises voués au développement socioéconomique, à la préservation du patrimoine environnemental et à l’épanouissement culturel de sa région. Elle est guidée, depuis plus de 35 ans, par une structure communautaire qui oriente les actions entreprises et guide sa démarche vers l’autonomie gouvernementale. C’est cette approche collective, unie et solidaire qui guide un développement « Pour nos pères et nos enfants ».
Sources :
Quel a été le
point de départ
de la PCG pour Essipit?
En 2019, le secteur du développement économique a eu le mandat de réaliser une planification sectorielle. L’équipe souhaitait arrimer le plan avec les souhaits de la population et a partagé l’idée avec le comité de gestion. L’ensemble des gestionnaires, des directions et les élu.e.s a conclu qu’il était important d’enraciner les plans dans les aspirations et les rêves à long terme des membres.
Il faut dire qu’à Essipit, si on recule de 30 ans, les bâtisseurs avaient déjà fait une forme de plan communautaire. À l’époque, ils ont fait le tour des maisons et ils ont demandé aux Essipiunnuat ce qu’ils rêvaient pour l’avenir. La majorité des projets identifiés ont été réalisés, une source de fierté et d’inspiration collective.
C’est cette expérience qui a inspiré l’ensemble du comité de gestion et des élu.e.s, et c’est comme cela que la PCG s’est amorcée, en s’inspirant des bâtisseurs. Par la suite, l’IDDPNQL a été invité à venir présenter la démarche et ce qui se faisaient dans d’autres communautés en matière de PCG.
Ensemble, le Conseil et l’administration ont décidé que la PCG était la démarche à entreprendre pour les Essipiunnuat. Le directeur du développement économique a alors travaillé avec SAC et l’IDDPNQL pour assurer le financement de la démarche, notamment appuyée par les fonds autonomes de la Première Nation. Par la suite, une coordonnatrice a été engagée pour mettre sur pied la planification communautaire.
Comment le processus de planification a-t-il progressé?
La première étape a été de se familiariser avec le concept de la PCG, à travers les outils et ressources existants. Ensuite, une ligne du temps et un plan de travail général pour l’ensemble de la démarche ont été développés puis présentés au Conseil et à l’administration. Avec leur approbation, les activités de mobilisation ont pu débuter. La démarche a été lancée lors d’un grand dîner communautaire, en novembre 2019, qui a réuni plus de 65 participant.e.s. Essipit est une Première Nation unique, où environ 80 % des membres vivent hors communauté et où coexistent trois statuts de membres : résidents, non-résidents et apparentés. À travers la PCG, l’équipe de planification s’est donné comme objectif d’être le plus inclusifs possible et d’impliquer l’ensemble des membres pour l’avenir de la communauté.
En même temps que le dîner communautaire, l’équipe a donc lancé l’appel de candidatures pour former le comité de PCG. Les membres ont été invités à proposer les noms de personnes inspirantes pour représenter la communauté, et la composition finale du comité offrait une belle représentativité : des Aîné.e.s, des jeunes, des femmes, etc.
L’équipe a créé un plan de communication en collaboration avec le comité de PCG. Le mandat du comité de PCG était d’être les kupaniesh, les gardiens de la démarche. Ils s’assuraient que les idées et les opinions exprimées par les membres soient bien reflétées dans le plan. Par des sondages et des ateliers, les membres ont été invités à partager leur perception de tous les aspects de la communauté : bien-être, santé, culture, éducation, etc. Cela a permis de brosser un portrait, présenté dans le Rapport de perception des membres. À partir de ce constat, l’équipe a travaillé avec le comité PCG pour déterminer les grands thèmes d’avenir à explorer lors des ateliers. Les thèmes ont aussi été validés avec l’administration pour s’assurer de la convergence entre les intérêts des membres et ceux de l’administration.
La pandémie a forcé l’équipe à revoir complètement ses stratégies de communication. Elle a continué à garder les membres informés, en douceur et avec positivisme. Elle a créé avec humour un plan de déconfinement de la PCG, afin de relancer la démarche et susciter la fierté. Le passage en mode virtuel a eu des impacts positifs inattendus : « Finalement, ça a été quelque chose de vraiment positif pour nous puisque les non-résidents ont pu se connecter avec nous et nous découvrir. Il y en avait que nous ne connaissions pas et certains sont même restés pour tous les ateliers! »
De multiples ateliers ont été organisés :
- 1 atelier sur les rêves des Essipiunnuat
- 1 exercice forces-faiblesses-opportunités-menaces (FFOM)
- 8 ateliers thématiques (éducation, identité, territoire, jeunes et aîné.e.s, économie, communication, santé et mieux-être, gouvernance)
- 2 ateliers pour les 25 ans et moins
- 1 atelier avec les Aîné.e.s, et des ateliers avec le comité de gestion pour continuer d’arrimer le travail de l’administration avec la vision des membres
Il y a aussi eu des ateliers pour tous les niveaux à l’école primaire. Entre les envois postaux, les courriels, les publications, les messages Facebook, les ateliers, les tirages, les sondages, les makusham, etc., on estime qu’environ 60% à 80 % des membres ont participé à la démarche.
Suite à un grand travail de synthèse, quatre grands axes fondamentaux ont été identifiés :
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à la base
Vivre-ensemble
Innovation et durabilité
Bien-être des membres
Les quatre axes se déclinent en quarante grandes orientations, qui constituent le cœur du plan communautaire global. Les axes et les orientations sont le fruit du maillage constant entre l’expertise de l’administration et les rêves des membres.
Enfin, dans la mesure où un bon plan, s’il n’est pas suivi, n’a que peu de valeur, il était fondamental, à cette étape importante du processus, de mener une réflexion de fond sur l’approche mise en œuvre, de reddition de comptes, de révision et de mise à jour du Plan.
Quel changement
la PCG a-t-elle
apporté à Essipit?
Une fois les activités de mobilisation complétées, le plus difficile a été de réfléchir à la mise en œuvre, d’explorer comment produire le plan et comment l’administration allait l’intégrer à ses activités. Le but était d’éviter d’alourdir les pratiques et d’assurer la convergence. Ce que la PCG a permis de réaliser, c’est que 80 % des objectifs du plan – basés sur les rêves et les besoins des membres – étaient sensiblement les mêmes que ceux de l’administration, reflétant le haut niveau de concordance entre les visions.
L’équipe a identifié trois principes moteurs à la PCG : communiquer, impliquer et innover. L’objectif est d’inviter les secteurs à se poser des questions pour valider si ce qu’ils font est toujours d’actualité, explorer comment ils pourraient innover et impliquer les membres davantage dans la mise en œuvre des actions. Ces principes guideront les secteurs et leur permettront de réfléchir à leurs pratiques et de les harmoniser avec la vision exprimée dans le plan communautaire.
Les outils de mise en œuvre ont été développés afin d’assurer la cohérence entre le plan et le travail de l’administration. Ainsi, le plan communautaire et le futur plan quinquennal administratif serviront de base pour le développement des plans sectoriels. Pour faciliter la mise en œuvre, l’équipe a aussi décortiqué les rôles et les responsabilités des parties prenantes, notamment ceux du Conseil et de la direction. Deux grands éléments ont été définis : le processus de PCG sera coordonné par la personne responsable et le plan PCG sera sous la responsabilité de la direction générale.
Pour officialiser le rapport et le plan, l’équipe travaille à organiser une soirée festive pour présenter le plan final et le film Mamu qui relate le périple PCG de la communauté.
Pour visionner le film :
La PCG a apporté plusieurs changements dans la vie des Essipiunnuat. En voici quelques exemples :
La PCG a donné un second souffle et a inspiré les membres à s’impliquer dans la vie communautaire. Les personnes qui y ont participé sentent qu’elles ont pris part à une démarche collaborative pour l’avenir de la communauté, qui nourrit les sentiments de fierté et d’appartenance.
La PCG a permis d’identifier les trois principes clés qui guideront la mise en œuvre: mieux communiquer, impliquer les membres, et innover.
La PCG a permis de se rapprocher des membres, de créer des points de rencontre, d’organiser des portes ouvertes. Par exemple, le vendredi matin, les membres sont invités à visiter les bureaux et s’informer des projets en cours. Cela permet de favoriser la confiance, que les gens apprennent à se connaître et à mieux connaître l’organisation.
Au niveau des changements dans les pratiques, l’administration a maintenant la responsabilité d’arrimer ses pratiques avec les orientations définies dans le plan communautaire.
La démarche a permis pour la première fois aux membres non-résidents de s’impliquer dans la planification à long terme de la communauté. Tous les membres se sont sentis respectés et intégrés, incluant les membres ayant récemment retrouvé leur statut, pour qui c’était l’occasion d’apprendre à mieux connaître la communauté et l’organisation.
Quelles sont les prochaines
étapes?
Mettre en œuvre le plan, à travers l’application des trois principes! L’administration développera un plan quinquennal pour l’organisation et mettra en place de meilleures pratiques pour communiquer l’action aux membres. Et continuer d’avoir du plaisir, en s’appuyant sur le légendaire humour des Essipiunnuat.
Toutes les photos sont la propriété du Conseil de la Première Nation des Innus Essipit.