ACCOMPAGNER
LE CHANGEMENT

Depuis toujours, le territoire change et est en mouvement. Ce savoir est reflété dans toutes les pratiques de planification autochtone. Par la vision, la préparation, la prévention et les relations, la planification autochtone vise l’équilibre et l’harmonie. Cette section vous propose d’approfondir vos connaissances sur le changement, pour que vous vous sentiez mieux préparé.e à accompagner votre communauté.

Le changement:
un état naturel

Le territoire nous enseigne que le changement, c’est l’état naturel du monde. Le voyage du soleil dans le ciel, le cycle de la lune, les saisons, les animaux et les oiseaux qui migrent, les plantes qui poussent, du pollen aux fleurs puis aux fruits, l’air qui entre et sort de nos poumons à chaque respiration… L’univers change, à chaque instant.

En planification et en mobilisation communautaire, on vit du changement tous les jours, et on est constamment en relation avec des gens qui traversent des changements.

Apprendre à comprendre pourquoi et comment on réagit au changement, et comment le faciliter, sont essentiels pour votre boîte à outils.

(c) Catherine Béland/IDDPNQL

Gratitude pour nos mentors

Nous faisons partie d’une lignée vivante qui grandit chaque fois que les savoirs sont partagés.

Les savoirs que nous partageons dans cette page nous ont été offerts par trois mentors exceptionnels, réunis lors du Cercle régional en planification:

Norman A. Wapachee (Eenou, Mistissini et Ouje-Bougoumou), Dawn Germain-Metallic (Mi’gmaq, Listuguj) et David Martel (allochtone).

Nous vous invitons à explorer la signification de leurs enseignements et à les incarner à votre manière, à partir de votre perspective. Nous espérons vous inspirer à intégrer vos savoirs et à les partager à votre tour.

L’enregistrement complet de la rencontre du Cercle est disponible ici.

Point de départ:
Biologie du changement

Nous avons toutes et tous le même équipement de base : un cerveau. Par défaut, le cerveau est conçu pour être en mode « économie d’énergie », en tout temps. Il cherche à dépenser le moins d’énergie possible, et évite d’utiliser des ressources qui pourraient être nécessaires à notre survie. Au quotidien, ça signifie que nous avons la capacité de reconnaître très vite les « patterns », les motifs, ce qui se répète. […] Ce que le cerveau aime, c’est la prévisibilité, parce que quand on peut prévoir quelque chose, c’est plus facile de rester en sécurité. Une fois qu’un « pattern » est établi, et qu’il ne change pas, vous n’avez plus besoin d’y penser, ça devient automatique.
David Martel
Psychologue

À LA RECHERCHE DE SÉCURITÉ

En tant qu’humains, notre cerveau et notre système nerveux travaillent ensemble pour atteindre un but ultime : nous garder en vie et en sécurité.

Dans un monde toujours en changement, notre cerveau cherche la stabilité. Il cherche ce qu’il reconnaît, ce qui est familier, confortable, sécuritaire. 

Le cerveau perçoit souvent le changement comme un danger, comme une menace à notre sécurité, simplement parce que c’est quelque chose qu’il ne reconnait pas.

Le changement génère un mélange d’émotions et de sensations physiques : excitation, anxiété, doute, peur, soulagement, déni, frustration… On peut avoir le cœur qui bat, les mains tremblantes, les pieds gelés, mal au ventre, les oreilles qui bourdonnent, un surplus d’énergie ou se sentir soudainement engourdi…

Ces réactions dépendent de comment le cerveau perçoit le changement : est-ce qu’il y a du danger? Est-ce qu’il faut se battre, fuir, ou figer pour rester en sécurité?

© Anonyme, Licence Creative Commons

RÉAGIR AU CHANGEMENT

Parfois, le changement est perçu comme peu menaçant et le signal d’alarme du cerveau est rapidement désamorcé. Quelques grandes respirations, un ou deux grands rires, une petite marche, et nous redevenons assez calme pour avoir accès à nos lobes frontaux et à la pensée rationnelle.

On réagit moins au changement quand…

Dans d’autres situations, le changement est menaçant et le signal d’alarme envoyé par le cerveau est très fort. Il peut nous empêcher de fonctionner, que le danger soit réel ou perçu. Notre corps reste en mode réaction, prêt à fuir, à se battre, ou à figer.                                                            

On réagit plus fortement au changement quand…

UNE PART DE DEUIL

Nous ne vivons pas dans un monde où les choses restent toujours pareilles. Le changement a de bons côtés, mais il nous met au défi : l’expérience varie de simplement irritante à carrément traumatisante. Le changement peut être difficile, frustrant, et nous faire sentir vulnérable, parce qu’il implique toujours une part de deuil. Ce deuil peut être simplement la perte du sentiment de familiarité. Par exemple, nous avons un nouveau système de gestion des dépenses au travail. Il fonctionne bien, mais c’est une nouvelle façon de faire les choses! Ce que je perds, et ce qui active ma résistance, c’est la nouveauté. J’avais déjà une façon de faire, et elle fonctionnait bien. Pourquoi dois-je changer? C’est un exemple de changement irritant, où la familiarité est perdue. Remarquez aussi que le changement exige un effort, parce que je dois apprendre une nouvelle façon de faire.
David Martel
Psychologue

En plus de faire réagir à court terme, les changements impliquent le sentiment de perdre quelque chose, de laisser une chose connue et familière derrière nous : une façon de faire, un endroit, un territoire, un groupe, un rôle,  une vision de nous-mêmes…

Même quand le changement est désiré et nécessaire – et encore plus quand le changement nous est imposé – on a besoin de temps pour vivre cette perte, faire le deuil du passé et apprivoiser notre nouvelle réalité.

VOUS AIMERIEZ EN SAVOIR PLUS SUR LES LIENS ENTRE TRAUMATISMES ET RÉACTIONS? NOUS VOUS INVITONS À VISITER CETTE SECTION.

PRATIQUES ANCESTRALES:
ACCUEILLIR LE CHANGEMENT

Sur des générations, les Premiers Peuples ont développé de multiples pratiques pour accueillir le changement, en suivant les enseignements du territoire.

Cycles des cérémonies, rites de passage, enseignements et mémoires intergénérationnels, histoires orales, calendriers basés sur la lune et les saisons, utilisation et occupation cyclique du territoire…

Des systèmes entiers ont été créés pour faciliter à la fois la stabilité et le mouvement, à travers les relations.

Des systèmes renforçant la résilience et visant l’équilibre.

LE CHANGEMENT EST ENRACINÉ DANS LES LANGUES AUTOCHTONES

Les cultures autochtones sont vraiment capables d’accueillir le changement. […] C’est particulièrement vrai pour le Mi’gmaw. Notre langue est très descriptive. Elle parle des changements du territoire, des saisons qui changent, de comment nous, les humains, changeons, au courant de l’année et à travers les différentes étapes de nos vies. En apprenant et en enseignant ma langue ancestrale, j’ai réalisé combien d’enseignements en gestion du changement sont à notre portée. Comment naviguer le changement, comment travailler avec le changement et se faire confiance tout au long du processus…ce savoir a toujours été là pour nous. Il est centré et enraciné dans notre langue.
Dawn Germain-Metallic
Mentore en PCG, Listuguj

PÉRIODE COLONIALE:
DES CHANGEMENTS IMPOSÉS

Avec la colonisation et les pratiques coloniales, le changement s’est accéléré et est devenu plus brutal. Constamment imposé par des forces extérieures, le changement a fini par être principalement associé au danger, et le système nerveux des gens s’est trouvé plongé dans un état de survie quasi constant.

À grande échelle, la société coloniale a tenté et tente toujours d’effacer les systèmes ancestraux et les relations qui assuraient la stabilité et le mouvement depuis des temps immémoriaux. L’équilibre et l’harmonie sont devenus difficiles à atteindre, individuellement et collectivement.

Une histoire de changements imposés

Les Eenoush d’Oujé-Bougoumou ont été déracinés sept fois. Ces changements ne sont pas venus des gens eux-mêmes. Ils sont venus de l’extérieur. Ils nous ont été imposés, et ils ont détruit tous les aspects de notre société.
Norman A. Wapachee
Mentor en PCG, Ouje-Bougoumou

Lire l’histoire

Voici la version écrite de l’histoire telle que racontée par Norman A. Wapachee. Si vous voulez en apprendre plus sur Oujé-Bougoumou et son peuple, nous vous invitons à visiter leur site web (en anglais): www.ouje.ca

SE RÉAPPROPRIER
LE CHANGEMENT

Partout sur l’île de la Tortue, les Premiers Peuples se regroupent pour se rappeler qui ils sont, se réapproprier leurs modes de vie et se redonner une vision pour l’avenir.

En étant eux-mêmes et en planifiant ensemble, ils choisissent à nouveau les changements qu’ils souhaitent voir arriver, pour les générations présentes et à venir. Ils se remémorent leurs pratiques pour accueillir le changement et le mouvement, comme leurs ancêtres l’ont toujours fait.

UN HISTOIRE DE CHANGEMENTS CHOISIS

Quand nous nous sommes rassemblés, nous avons réuni l’esprit humain, pour un périple collectif. Nous avons compris que nous allions changer nos vies, pour le mieux. Nous sommes redevenus un peuple. Je me rappelle à l’époque, dans les années 1980, nous nous réunissions – après être allés en autobus chercher nos gens qui étaient éparpillés sur le territoire – et nous partagions nos désirs pour notre avenir. Nous avions une longue liste de tout ce que nous voulions construire, de ce que nous voulions voir dans notre communauté. Les Aîné.e.s disaient: "Nous aimerions bâtir une communauté qui reflète qui nous sommes en tant que peuple."
Norman A. Wapachee
Mentor en PCG, Ouje-Bougoumou

Lire l’histoire

Voici la version écrite de l’histoire telle que racontée par Norman A. Wapachee. Si vous voulez en apprendre plus sur Oujé-Bougoumou et son peuple, nous vous invitons à visiter leur site web (en anglais) : www.ouje.ca

PASSER À L'ACTION:
FacilitER LE CHANGEMENT

Nos mentors ont partagé de multiples manières d’accompagner les gens et les communautés à travers le changement. Certaines pratiques sont enracinées dans la culture, d’autres sont d’origine allochtone. Chacune offre une perspective différente et utile, qui vous aidera dans votre préparation.

Ces pratiques ne sont pas un inventaire complet de ce qui existe, elles sont des pistes à explorer. Nous vous invitons à les essayer et à vous les approprier, à les exprimer à votre manière, à partir de vos valeurs, de votre vision du monde, de vos dons et forces personnelles.

Comme toujours, nous vous demandons seulement de mentionner les noms des gens de qui vous avez reçu les enseignements que vous partagez.

LA CULTURE ET LA LANGUE POUR APPUYER LE CHANGEMENT

Les cultures et les langues ancestrales abritent la sagesse intégrée et transmise depuis des générations. Dawn Germain-Metallic, mentore en PCG de Listuguj, partage un exemple de comment la langue Mi’gmaw enseigne des aspects clés du changement collectif : la capacité d’inclure tout le monde, et la possibilité pour chaque personne de voir à quel point son rôle est essentiel à l’ensemble.

En écoutant l’histoire de Dawn, nous vous invitons à réfléchir aux questions suivantes :

  • Comment cette histoire résonne-t-elle pour vous et votre équipe?
  • Qu’est-ce que votre territoire, votre culture et votre langue vous enseignent à propos du changement?
  • Qui peut vous aider à en apprendre plus sur le changement, d’une perspective culturelle?

Si vous préférez lire l’histoire de Dawn, la transcription est disponible ici.

Accompagner votre communauté à travers le changement nécessite de prendre soin de vous-même. Nos mentors ont partagé des pratiques pour nous aider à traverser le changement, physiquement, émotionnellement, spirituellement et mentalement.

Bâtir un radeau cognitif

Notre mentore, Suzy Goodleaf, enseigne l’importance de se bâtir un radeau cognitif, une compréhension à laquelle on peut se raccrocher quand on perd pied. Nous vous invitons à en apprendre davantage sur le changement, afin de donner du sens à ce qui arrive et à vous rappeler que vous n’êtes pas seul.e. Pour garnir votre boîte à outils, vous pouvez entre autres: faire des recherches sur le changement et comment il impacte les personnes et les groupes; explorer les modèles de changement; observer le territoire et apprendre à travers les relations, etc.

Cultiver des racines solides

Prenez le temps d’apprendre qui vous êtes vraiment, d’où vous venez, d’explorer la culture et la langue de votre Nation. Trouvez des façons d’être en contact avec le territoire et de renforcer vos relations. Comme David l’a mentionné : « l’amour est plus fort que la peur, la connexion est plus forte que la peur. Nous en sommes capables. » Et dans les mots de Norman : « Il y a toujours du changement, et ce qui me donne la force d’avancer, c’est mon identité, mon mode de vie, ma culture, et ma langue. »

Nous vous invitons à réfléchir à ces questions pendant que vous explorez les pratiques proposées :

  • Quelles sont vos pratiques préférées pour vous recentrer?
  • Comment comptez-vous vous préparer, vous et votre équipe, pour être prêts quand l’un de vous réagira au changement?
  • Quelles pratiques voulez-vous intégrer dans vos activités de planification et de mobilisation?

Devenir ami.e avec son système nerveux

Explorez et pratiquez des manières de retrouver le calme quand le changement vous fait réagir. Dawn et David ont suggéré différentes pratiques pour calmer votre système nerveux : respirer profondément, faire du « tapping », marcher, sortir dehors, se secouer, s’étirer puis relâcher, faire de la musique, chanter ou fredonner, taper des pieds, etc. Ce qu’on veut, c’est laisser les émotions passer, pour vous retrouver.

Se préparer en équipe

Renforcez la confiance au sein de votre équipe de planification, en apprenant à connaître les forces et la sagesse que chaque personne apporte au travail. Comme Dawn l’a suggéré, vous pouvez aussi « apprendre à connaître ce qui vous fait réagir, vous et vos coéquipiers, anticiper ce qui pourrait arriver pendant les activités de planification, et faire des jeux de rôle pour explorer les solutions que vous pourriez utiliser. »

Soutenir votre communauté, c’est vous assurer que les gens ont le pouvoir d’agir et de participer pleinement au changement.

Nos mentors partagent ici des idées pour soutenir la communauté à travers les changements.

Nourrir la sécurité et la confiance

Comme David l’a décrit, le changement peut faire peur et susciter beaucoup d’émotions. Intégrer des pratiques qui aident les gens à se sentir en sécurité et en confiance dans vos activités de planification, c’est un élément clé pour soutenir votre communauté à travers le changement. Par exemple, vous pouvez vous donner des normes et des valeurs collectives, établir et respecter les limites de chaque personne, clarifier vos rôles et responsabilités, respecter la confidentialité, prendre le temps d’apprendre à vous connaître, sans jugement et avec générosité, etc.

Raconter votre histoire

Comme Norman l’a enseigné, se réunir pour se raconter des histoires est à la fois réconfortant et puissant. L’histoire de qui vous êtes, de ce qui vous est arrivé, des histoires sur l’avenir que vous voulez créer, ensemble. Chaque histoire partagée invite les membres de la communauté à faire entendre leur voix et à s’impliquer pleinement. Et c’est important! Comme Dawn nous l’a enseigné, chaque personne est unique et essentielle en planification communautaire.

Nous vous invitons à réfléchir à ces questions, pendant votre exploration :

  • Qu’est-ce qui vous aide, vous et votre communauté, à vous sentir en sécurité et en confiance?
  • Comment allez-vous intégrer les histoires dans vos activités de planification? Qui pourrait vous aider à animer ces espaces?
  • Quelles pratiques voulez-vous intégrer dans vos activités de planification et de mobilisation?
  • Quelles compétences avez-vous déjà en lien avec le changement, individuellement et collectivement? Quelles compétences voulez-vous renforcer?

Créer des espaces de rencontre ouverts

Norman nous a enseigné qu’on a beau être des arbres différents, on est tous enracinés dans la même terre. Créer des espaces ouverts - où on reconnaît nos différences tout en voyant ce qui nous réunit - est une autre façon pour les équipes de planification de soutenir le changement collectif. Dawn nous a montré que créer des espaces neutres, où les membres peuvent simplement s’informer sans avoir à choisir un côté contre l’autre, aide à renforcer la confiance.

Renforcer les compétences

David et Dawn nous enseignent que, pour changer, on doit être conscient et avoir la capacité de mettre en œuvre le changement. Avec votre équipe de planification, vous pouvez appuyer votre communauté en les aidant à identifier quelles compétences les membres ont déjà, et quelles compétences devront être renforcées pour faire face au changement, ensemble.

Dawn Germain-Metallic, mentore en PCG de Listuguj, utilise le modèle ADKAR®, enseigné par Prosci®.

Dans ses mots : « J’ai aimé comment la formation en gestion du changement était structurée, et particulièrement le modèle ADKAR®, parce qu’il se concentre sur la personne. Ce modèle enseigne que les gens sont le principal catalyseur de changement, plutôt que le système. C’est la même chose en PCG, où mobiliser les gens est un élément clé. »

Dawn a utilisé le modèle ADKAR® pour explorer le changement dans sa communauté, pendant la démarche de planification :

Si ADKAR® se concentre sur les individus, d’autres modèles se concentrent sur les systèmes, les réactions émotionnelles, les étapes du changement organisationnel, etc.

L’Université de Waterloo a développé une synthèse très utile pour comprendre les principaux modèles de changement. Elle est disponible ici en version originale anglaise.

Une version traduite en français par l’IDDPNQL est disponible ici.

Nous vous invitons à réfléchir aux questions suivantes, pendant que vous explorez les différents modèles :

  • Quel(s) modèle(s) sont les plus intéressants pour vous et votre équipe? Les moins intéressants? Pourquoi?
  • Quelles nouvelles perspectives les modèles vous offrent-ils sur votre communauté et sa manière de vivre le changement?
  • En observant comment votre communauté vit le changement, à quoi pourrait ressembler votre propre modèle de changement local?

C’est souvent difficile de se voir soi-même, c’est pourquoi nous vous encourageons à explorer en équipe!

Vous aimeriez avoir un regard extérieur ou un espace pour explorer la planification communautaire? Contactez-nous, nous serons honorées de travailler avec vous.